Les blogs, c’est comme un café du commerce. Ou plutôt comme une multitude de cafés de commerces dématérialisés. Une multitude de cafés du commerce, car une multitude de profils d’humains.
Nous avons tout d’abord les skyblogs, les blogs des ados ou adultes attardés. Ce sont les boîtes de nuit, des lieux où tout le monde crie, où il y a toujours trop de monde, et dans lesquels au final on ne s’entend pas. On pense être potes pour la vie, mais au final dès que l’espace nous sépare, on ne se connait plus.
Nous avons les blogs de vieux. Ce sont les salons de thé. On y accepte les plus jeunes, à condition d’être bien élevés et courtois. L’intégration est lente mais souvent riche. Des endroits où l’on peut en apprendre chaque jour, seulement en observant et en écoutant.
Nous avons les blogs politiques. Ce sont les bars PMU. On y commente l’actualité, souvent sans recul. Celui qui a raison est celui qui crie le plus fort. Régulièrement on y finit ivre mort, on peut se battre et s’injurier ; parfois il y a des morts, mais en général on a tout oublié le lendemain.
Nous avons les blogs intellos, des petits déjeûners de réflexion dans des salles de grands hôtels. On s’y retrouve entre initiés, on travaille dur, on se marre rarement, mais on propose des analyses intéressantes, que souvent personne ne lit.
Nous avons les blogs de pédés, un microcosme de bars du marais, tout le monde fréquente tous les bars. Pourtant on se connaît tous. Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. En apparence du moins.
Nous avons les blogs de geeks et de technophiles. Eux ne savent pas ce qu’est un bar tant qu’il n’y a pas le wifi, le reste importe peu.
Nous avons les blogs de marketeux ou de communicants. Ils pensent être très nombreux car tout le monde les adore, mais en fait ils se connaissent tous. Ce sont les boîtes VIP du 8ème arrondissement de Paris. Peu importe qui tu es, seul importe qui tu connais.
Souvent on ne fréquent qu’un seul café. On reste enfermé dans le petit univers des blogs proches du sien. La première fois que l’on fréquente un bar, soit y entre en bande, soit on y connait personne. L’être sociable saura aller au contact des autres clients du bar. Le frustré restera seul dans son coin, ou avec une poignée d’autres frustrés. Il passera son temps à critiquer ceux qu’il voit trouver de la richesse dans les rencontres avec autrui. Les vrais explorateurs et curieux fréquenteront une foultitude de blogs, quitte à s’y perdre. A ouvrir des portes pour aussitôt les refermer. Et parfois on tombe sur un troquet sans lumière à l’extérieur. Et c’est dans ceux-là qu’on s’y sentira le mieux.